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Restons Sérieux, trois ans de turbulences francophiles

Guerre Froide

Dans quelques jours, le Supersonic accueille pour la troisième année consécutive le festival Restons Sérieux, imaginé par l’équipe de programmation de la salle de concert du XIIe arrondissement. Créé initialement sur un coup de tête autour de la date du 14 juillet, histoire de trancher avec la fête nationale « militaire et républicaine » (dixit Romain Meaulard) , le festival – qui s’étale sur une semaine – est désormais un incontournable pour tous les amateurs de musique francophone « weirdo » hors des chapelles de genre (ou du moins toutes à la fois). Si pour la première édition, « Tout s’était booké au dernier moment » avec « A peine deux mois pour trouver un nom, une programmation et un graphisme« , comme un « défi personnel » avec une « contrainte imposée du chant en français » (précise Aurélien Jobard), il revient du mardi 10 au samedi 14 juillet 2018, mieux organisé que jamais, pour offrir son lot de groupes iconoclastes, cultes et de découvertes sur lesquelles nous reviendrons. Nous en avons discuté avec Romain Meaulard (production), Cécilia Sparano (communication) et Aurélien Jobard (programmation), afin qu’ils tentent de nous définir la touche Restons Sérieux.

Il n’a échappé à personne que ces dernières années, l’expression française avait le vent en poupe dans les cercles indépendants. Les initiateurs de Restons Sérieux le reconnaissent eux-mêmes : « Le festival n’aurait jamais pu voir le jour il y a dix ou vingt ans par rapport à l’offre de la pop musique française de l’époque » (Aurélien).  Il faut dire que le raz de marée La Femme est passé entre temps. En 2011, Sur La Planche s’imposait comme l’hymne d’une génération décomplexée quant à l’usage de notre idiome dans la pop. Nous découvrions ainsi simultanément l’indie-pop d’Aline, Pendentif ou Marc Desse. Très vite, des labels s’intéressèrent au phénomène. En schématisant quelque peu, ils posèrent les bases de ce qui intéressent aujourd’hui le plus les médias quand il s’agit d’évoquer le français dans le texte : une variété satinée et soignée qui cite Michel Berger, ainsi qu’une relecture de la chanson déviante chère à Saravah et Brigitte Fontaine. Entre ces deux pôles, une infinité de propositions underground, qui ne trouvent pas toujours les clefs de Télérama ou les faveurs de France Inter, souvent confiné dans le circuits des salles et disquaires underground. La récente exposition Daho L’Aime Pop! au Philarmonique (terminée le 28 avril dernier) confirme la tectonique des plaques hexagonales (de bien jolies mélodies) quitte à parfois verser dans une certaine autocélébration, ne rendant pas grâce à la vigueur et l’originalité de la scène francophone actuelle bien plus protéiforme et diverse qu’une suite d’héritiers des jeunes gens modernes en forme de duo pop sucré.

Stratocastors

D’une certaine manière, Restons Sérieux s’inscrit dans ces interstices et dans les angles morts de cette nouvelle passion nationale pour notre langue. Aujourd’hui, il est possible de revendiquer le français sans nécessairement qu’une filiation soit attendue avec Indochine, Elli et Jacno, Véronique Sanson ou Jacques Dutronc. Le festival défend ainsi un positionnement unique en France que Romain résume ainsi : « Une esthétique assez weirdo, avec un humour noir, dans les textes ou les noms de groupes, assez proche de l’esthétique punk, (…) et de celle des fanzines« .   Chaque soirée est généralement conçue autour d’une thématique qui « raconte une histoire liée à un style musical (…) en gardant une cohérence » (Aurélien), les programmateurs essayant de « (varier) les plaisirs, les styles et donc les publics »  et découvrir les pépites du « patrimoine underground de la musique francophone » (Aurélien).

Biche – Photo Edie Blanchard

Le cru 2018 confirme l’ethos Restons Sérieux. Dès le mardi les vétérans de Warum Joe iront à la rencontre des fabuleux Stratocastors et les délirants Pierre et Bastien, le tout accompagné de Cité Lumière. Mercredi offrira une confrontation hivernale entre les pionniers cold wave de Guerre Froide et la jeune garde d’Oktober Lieber. Le samedi promet d’être un sommet de musique pop, offrant aux amateurs du genre un véritable plaidoyer pour la cause:  le patron Bertrand Burgalat, la jeunesse psychédélique groovy de Biche ou encore les déambulations proches de Captured Tracks de Pastel Coast. En cinq soirées et presque trente groupes, Restons Sérieux trace ainsi un panorama vivifiant et intriguant de la scène française, très libre, hors des sentiers battus, ouvert aux quatre vents des envies de ses programmateurs. Une habitude pour ce festival : les deux années précédentes, le Supersonic accueilliait des groupes aussi variés que les Olivensteins, Entracte Twist, Mustang, Judah Warsky, Les Guillotines, François Club, Marie et les Garçons, Niki Demiller, Marc Desse ou encore Blackmail, venus faire vibrer les murs de la salle parisienne à quelques encablures du port de l’Arsenal.

Bertrand Burgalat – Photo Serge Leblon

Si nous devions résumer Restons Sérieux, peut-être emprunterions-nous cette expressions à Aurélien   « changer ses habitudes et ses logiques ». Voilà en substance l’expérience que le festival propose au Supersonic : une plongée dans l’inconnu en faisant confiance à l’oreille avisée de ses programmateurs qui, pour nous rassurer, et aussi se faire plaisir, posent quelques jalons ou références cultes. L’ensemble est aussi une belle occasion de se rendre compte que nous vivons une époque où « le français s’est affirmé et arrête de copier les anglo-saxons » (Aurélien), nous ne pouvons que souscrire, nous qui défendons ici régulièrement une certaine idée de la pop française.

Restons Sérieux, du 10 au 14 juillet au Supersonic, près de Bastille : 9, rue Biscornet, Paris 12ème. L’entrée est gratuite tous les jours sauf le vendredi et samedi, 5€ à partir de 23h.

 

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