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Krautrocksampler, Julian Cope (Headheritage/Kargo & l’éclat)

KRAUTROCK Special

La Bible, pas celle achevée d’imprimer par Gutenberg et Pierre Schöeffer à Mayence en 1455, non. Mais la bible fondatrice pour les amateurs du genre, assurément. Rien d’étonnant à ce que ce soit en 1995 que l’ex-Teardrop Explodes Julian Cope ait publié cet indispensable petit guide d’initiation à la grande Kosmische Musik qui fait encore référence aujourd’hui, même si la caverne des archives est si vaste qu’on y découvre encore des tas de choses d’importance.
Si les inusables noms de Can, Faust, Neu! ou Kraftwerk étaient déjà sur toutes les lèvres suite à l’avènement du post-rock, et au préalable grâce aux valeureux passeurs que furent Steven Stapleton (Nurse With Wound), Robert Hampson (Loop), Sonic Boom (Spacemen 3), Tim Gane (Stereolab), Barney Sumner (New Order), Jim et William Reid (Jesus And Mary Chain)*; ceux d’Amon Düül (1 et 2), de Popol Vuh, d’Ash Ra Tempel ou des débuts de Tangerine Dream renvoyaient à des souvenirs frontaliers pas nécessairement glorieux.

Afin d’activer ou de réactiver un intérêt alors sporadique pour cette Kosmische Musik et en tracer tous les possibles, tous les horizons, ce qui passa obligatoirement, dans l’écriture comme dans les faits, par les cases punk et post-punk, freak folk * voire heavy rock**, Julian Cope a véritablement fait acte de foi. Il faut dire que la verve, l’acuité pédagogique et la passion du Druide sont contagieuses, souvent égales à celle de ses modèles avoués, Lester Bangs et Hunter S. Thompson, la fantaisie britannique en plus. Car en plus de ne pas mâcher ses mots, les plus percutants jamais lus dans un livre sur le rock, Julian Cope s’est vraiment occupé à faire découvrir les arcanes du genre, tout en racontant comment il a entendu ces disques pour la première fois en tant qu’adolescent anglais, et son art du récit est pour le moins colossal.

Ainsi commença pour nous, une longue quête (Kluster ! Cluster ! Cluster avec Eno ! Harmonia !) à l’heure ou les Internets n’étaient pas encore ce gigantesque catalogue de la connaissance immédiate (youtube n’existait pas encore), elle fut néanmoins passionnante -le label français Spalax, alors spécialisé dans les rééditions, avait déjà bien défriché le terrain-, échevelée, parfois couteuse et profondément libératoire en terme de cloisonnements de genres, car l’excavation du rock allemand fut effectuée pour beaucoup d’entre nous conjointement à la découverte de certains atlas des galaxies les plus étranges du Jazz, mais aussi de certains disques dit de Techno contemporains dont la plupart n’était que des déclinaisons avisées de la modernité énoncée par Manuel Göttsching sur E2-E4 en 1984.

De nos jours l’opuscule sold out sacré se négocie à partir de 150 euros sur ebay, un petit malin allant même jusqu’à le proposer pour la modique somme de 1800 livres sans les frais de port sur Amazon, sa traduction française aux éditions Kargo et L’éclat (épuisée mais disponible sur googlebooks) atteignant déjà jusqu’à des 80 euros sur le marché parallèle.
Il serait donc grand temps de rééditer ce texte fondateur, excitant, fondamental. Car plus de 20 ans après sa publication, le terme Krautrock est rentré dans les mœurs et concerne plus de 50% d’un bon tiers de la production actuelle. Que Saint Julian en soit pour toujours remercié.

* Ou encore Philippe B de la Fnac Strasbourg qui me fit découvrir avec une joie non feinte, les trois albums de Neu! lors d’une épique fin de soirée commencée par un inoubliable vin jaune du Jura.

** Et l’on plaint toujours avec bienveillance le fantassin inconscient qui a été jusqu’à acheter à vil prix le disque de Witthüser & Westrupp (Trips Und Träume, Ohr Records, 1971) qui loin du chef d’œuvre annoncé avait plus a voir avec du bon vieux Schlager à son pépère, certes matiné d’un peu d’Incredible String Band.
*** Paranoid de Black Sabbath, tube kraut ultime ? Demerden sie sich avec ça.
Krautrocksampler, Julian Cope (Headheritage-1995)
Traduit en français par Olivier Berthe (Kargo & l’éclat-2005 puis 2008)
Disponible gratuitement en ligne ici.

2 réflexions sur « Krautrocksampler, Julian Cope (Headheritage/Kargo & l’éclat) »

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