Catégories chroniques nouveautésÉtiquettes , , ,

J Mascis, Elastic Days (Sub Pop)

Certains albums résonnent dès la première écoute comme des classiques instantanés. Nul besoin de se les approprier, la familiarité est installée. De la chambre au bureau, ils s’invitent et, mis au défi du quotidien, se révèlent : soit comme les bons paris pressentis, soit comme des emballements éphémères. Quelques semaines après sa sortie chez Sub Pop, Elastic Days semble bel et bien être l’un de ces albums-réconfort difficiles à déloger des platines. Entre deux albums de Dinosaur Jr, J Mascis a pris congé de ses effusions électriques avec Barlow et Murph le temps d’une échappée introspective, troisième de la série folk-rock entamée avec les brillants Several Shades of Why (2011) et Tied to a Star (2014). Les ballades feutrées d’Elastic Days s’enchaînent avec une élégance presque déconcertante : aucune aspérité – pourvu que l’on apprécie la fragilité de la voix de Mascis, souvent comparée à celle de Neil Young – ou moment de rupture ne viennent troubler l’harmonie générale. De la constance à la monotonie, il n’y a parfois qu’un pas, ici jamais franchi. Le secret ? Si le guitariste privilégie l’acoustique et la retenue, il ne peut s’empêcher de clore ses mélopées par des envolées électriques qui, au-delà de leur rôle démonstratif (un bémol pardonnable à celui qui a avoué avoir appris la guitare au moment de la formation de son groupe au début des années 1980), intensifient la charge émotionnelle et apportent du relief. Une formule magistralement éprouvée sur I Went Dust, où Zoë Randell, douce voix du duo australien Luluc (dont nous vous avions déjà parlé ici) soigne les blessures amoureuses de l’éternel adolescent. Au travers de ses paroles naïves –  parfois auto-dénigrantes – ou de sa voix vacillante, Mascis continue avec cet album à dévoiler sa vulnérabilité et son introversion. Et c’est bien lorsqu’il s’écarte des amplis et des pédales, lorsqu’il assume le plus pleinement cette facette de sa personnalité, qu’il se révèle le plus touchant (Elastic Days, Wanted You Around). Trente ans après la sortie de l’incontournable Bug, les thèmes d’écriture d’Elastic Days – sans parler de l’illustration choisie pour sa pochette – sont sans doute comparables à ce que griffonnait « Jay » dans ses cahiers de lycéen. A propos du clip du single See You at the Movies, les fans commentent : « Je regarde cette vidéo en mangeant des Granola », « Suis-je trop vieux pour apprendre à faire du vélo ? ».  Du réconfort, on en redemande. 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *