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Holger Czukay, Cinema (Grönland)

Environ six mois après sa disparition, l’œuvre de Holger Czukay se voit gratifier d’une dense anthologie (cinq disques, quand même) publiée chez les anglais de Grönland Records. Intitulée Cinema, elle vient nous rappeler que la vie du bassiste moustachu ne saurait, en effet, se résumer à sa seule participation au groupe allemand Can – aussi essentielle fut-elle.

Alors, que découvre-t-on à l’intérieur du coffret ? Un peu de tout, à vrai dire. Classée chronologiquement, cette rétrospective plutôt attendue s’apparente à un joyeux fourre-tout, à l’image de la prolifique carrière de Czukay. Avec, forcément, ses hauts et ses moins bien. Nous y découvrons ainsi de l’inédit, avec par exemple ce titre de jazz enregistré en 1960, plutôt anecdotique au demeurant, qui ouvre le premier volume. Nous y retrouvons également quelques raretés indispensables, comme les deux longues plages de Canaxis 5, le premier album solo de Czukay édité à la fin des années soixante à seulement 500 exemplaires. Dans cette œuvre fascinante et presque effrayante, Czukay déploie un arsenal sonore constitué de collages ou de field recordings orientalisants, dans une démarche analogue aux maîtres de la musique savante de l’époque. Le coffret insiste également sur ses nombreuses collaborations, de Brian Eno à Jah Wobble, en passant par son batteur de toujours, Jaki Liebezeit. Retenons à ce titre Signal, l’excellent morceau réalisé avec la japonaise Phew retenu à l’occasion : un amalgame dantesque  entre la no-wave et les pionniers de l’acid house. Malheureusement, le coffret réunit un peu trop de passages tournés vers une espèce de jazz-funk bizarroïde qui rappelle finalement ce que pouvait produire le Can tardif, mais en moins alchimique. Cela met néanmoins en valeur ce groove (ou anti-groove ?) âpre et répétitif propre au jeu de Czukay, similaire à ce que pouvaient réaliser les Talking Heads de la grande époque, mais avec cette nonchalance plus prononcée et un certain goût pour l’absurde. Cette anthologie se destine donc davantage aux aficionados et aux curieux, et permet avant tout de (re)découvrir une œuvre originale et singulière, jamais complètement figée dans tel style ou telle direction.

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