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Henry Nowhere

Henry Nowhere

Fin août-début septembre. La Californie se tempère enfin. Les incendies ont laissé leur empreintes massives. Les collines arborent leur décoration : un gris perle triste à mourir. C’est un paysage au delà de la mélancolie ou de la tristesse. C’est juste une sidération. Qu’est-ce qui nous enlève un peu du spectacle de ce désastre ? La musique… peut-être. Dans une rue interminablement plate de Los Angeles ou ascendante de San Francisco, la jeunesse s’encombre de souvenirs. En peu de temps. Elle écoute le baroque crépitant de The Beau Brummels et dérive vers le synthétisme érotisant de la jeune Clairo. Pas de clairvoyance – juste un attelage de références. Ces jeunes gens sont épatants d’orgueils. Ils ont du talent mais aucun sens de la durée. C’est tellement beau l’éphémère ; cela ne s’efface pas. Je n’efface pas Craft Spells. Ni Girls. Ils véhiculent leur allure mélodique le long des trottoirs, des toitures ou des frondaisons. Peu importe. Ces évadés de l’actualité musicale sont là. Sur un visage, durant une traversée ou une sale rupture. Ces revenants s’imprègnent plus ou moins violemment.

Ce brusque passage de la fin de l’été aux prémices de l’automne convoque cette musique pop, un brin comblée de tristesse, traversée de rayons lumineux. Un temps pour savourer une passion amoureuse actuelle ou passée. Morrissey et ses singles chez Parlophone, circa 1988-1995? Perfection. Musique de cristallisation. Saudade. Henry Moser, l’artiste dont il va être question au fil de cet article, connait bien cet épanchement frais de la mémoire qui nous rend joyeusement triste. Ambitieusement désolé. La pop a ceci de pénétrant : c’est une musique binaire qui développe, en nous, une variation inouïe d’émotions. Le paradoxe crée toujours des étincelles. Dans la tête du jeune californien, les étincelles se nouent magistralement. Le Brokedown Palace du Grateful Dead vient courber l’échine devant le Glamour vénéneux de Julie London. Moser se perd dans ses passions musicales – il prend ce pseudo définitif – Nowhere, Henry Nowhere.

Cet homme là n’est pas ambitieux; il compose sur les intermittences du cœur, les aléas amoureux. Un ancien registre mis en musique à la façon suédoise, c’est à dire : Radio Dept. Cette banale familiarité mélodique, nous émerveille. Le cliché en pop est ce qui a de plus dur à fabriquer. L’évidence douloureuse, malicieuse du cliché musical se compare si facilement à l’émoi amoureux. La mélodie illuminée de Never My Love de The Association demeure ancrée chez Henry Nowhere, tout comme les romances chaloupées d’Anita O’Day. Sa seule ambition avouée ? Chanter l’amour pour la femme qu’il aime. Cela pourrait facilement devenir niais et fade cette affaire là, mais à l’écoute de Problems of the Heart, la messe est dite. C’est, déjà, inoubliable.

Sur la pochette de son premier EP, Not Going Back, nous sommes sur un belvédère empli d’herbes rayonnantes, l’horizon est traversé par la mer. Un point de fuite essentiel. La musique d’Henry Nowhere est une évasion. Durant cette fuite, on croise Erasmo Carlos, Jerry Butler, The Smiths, Bonnie Raitt ou le dernier Andy Shauf. Odyssée majeure à ne pas manquer. Ne surtout pas manquer.

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