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Fontaines D.C., Dogrel (Partisan/PIAS)

Une fois n’est pas coutume, il sera d’abord question de l’ultime chanson de l’album inaugural de Fontaines D.C., du calme après la tempête, de Dublin City Sky, parenthèse apparemment apaisée entre la Nico de Chelsea Girl et les héros The Pogues. Chez les plus grands, le dernier titre d’un album annonce souvent la suite sur le prochain. Mais en attendant confirmation (ou démenti sous forme d’exploration psyché-tropicale-ragga-électropop-je-ne-sais-quoi), comment ne pas succomber immédiatement et sans réserve aux dix hymnes, entre pop à guitares et réminiscences post-punk, qui précèdent ?

Tout n’était pourtant pas joué d’avance. D’une part, l’attente était énorme à l’égard de ce premier album, espéré autant que redouté depuis l’annonce de sa production par Dan Carey (Hot Chip, Tonightle troisième album raté de Franz Ferdinand, Kate Tempest, Childhood…). Le responsable du label Speedy Wunderground, lié à l’incontournable maison de qualité Heavenly, a plutôt en l’occurrence été choisi pour avoir fait honneur au quatuor londonien Goat Girl. N’allait-il donc pas rogner les ailes du groupe à vouloir trop le polir ? D’autre part, plus de la moitié des titres de ce premier album sont connus de ceux qui suivaient à la trace les sorties discographiques au compte-goutte des cinq de Fontaines D.C., sans même parler des privilégiés qui ont déjà pu les apprécier sur scène. Mais non, dès Big, le cadre est posé et le contrat tacite avec l’auditeur respecté. La grenouille Grian Chatten, chanteur à gueule d’ange atypique, genre neveu dublinois et “beau gosse” de feu Mark E. Smith de The Fall, ne se fait pas plus grosse que le bœuf pour prédire – à grand renfort de “Dublin under the rain is mine”– un destin radieux à sa formation. Le guitariste (barbu) Carlos O’Connell, le guitariste (glabre) Conor Curley, le bassiste Conor Deegan, le batteur Tom Coll et lui-même peuvent bien faire la danse du scalp autour d’un Sha Sha Sha dépouillé jusqu’à l’os. Too Real était le premier signe de vie à l’automne 2018 après la signature avec la maison de disques Partisan (IDLES, The Black Angels, Cigarettes After Sex…) et avait alors inquiété sur la capacité du groupe à confirmer après ses premiers pas auto produits. À la réécoute sur Dogrel, les doutes sont levés : c’est du vrai, pas du toc, et cette source miraculeuse dublinoise est loin d’être tarie. Attention cependant à un léger manque d’originalité, la rythmique de Television Screens évoque les New Order des débuts encore héritiers de Joy Division : mais la comparaison ne vaut que parce que la mélodie psamoldiée par Grian transforme tels ou tels fantômes crypto-catholiques ou bien cathodiques en chanson digne de ce nom. La nouvelle version de Hurricane Laughter continue à marcher sur les traces d’un The Fall en version pop, pas du tout domestiqué, où les nuages soniques ne prennent jamais le dessus sur la voix, avec son mantra “There is no connection available”. Vient ensuite le temps de l’épiphanie en concert, façon oasis au milieu d’un désert, certes attirant, mais pas forcément propice au développement durable au-delà d’un noyau dur de fans. C’est le temps de Roy’s Tune, avec ses faux-airs d’inédit de la part du Johnny Marr irrésistible à l’époque de The Smiths. Et pour finir de saluer les morts au champ d’honneur de la new wave, voilà le tout nouveau tout beau The Lotts avec son clin d’œil appuyé à A Forest de Cure. Les réenregistrements des “classiques”, à l’échelle de deux temps – trois 45 tours vinyle insaisissables, Chequeless Reckless, avec son riff rockab’ passé à la moulinette post-moderne, Liberty Belle, digne du meilleur des Ramones, et le programmatique Boys In The Better Land s’enchaînent sans temps mort. Dublin City Sky, en conclusion, a beau s’alarmer de la disparition inéluctable d’une certaine culture irlandaise, celle-ci trouve un écho inespéré le temps des quelques 39 minutes de Dogrel, première marche pour Fontaines D.C. vers le statut de tête d’affiche.

Une réflexion sur « Fontaines D.C., Dogrel (Partisan/PIAS) »

  1. Bof… Trois bonnes chansons pour commencer, deux bonnes pour finir, mais entre les deux… dans le ventre mou de l’album ils ont dissimulé toutes leurs bouillies. Le chanteur est peut-être un grand artiste en devenir (même s’il peut aussi tourner comme Cantat et faire le récitatif « sauvage » dans des spectacles à vocation « culturelle »), mais le groupe n’est même pas là pour l’argent, il est là pour les filles, pour la frime, pour la petite hype dérisoire. En réalité ils sonnent comme a dû sonner Bloc Party dans son garage, vers 2000-2001. (Avec un carrément moins bon batteur, cependant.) Les guitares font ding-ding-ding-ding-ding pareil, ce n’est vraiment pas grand-chose. Alors vous suivez le mouvement impulsé par quelques rock-critics anglais vieillissants, pour qui Fontaines DC coche toutes les cases (Mark E. Smith est mort, vive Mark E. Smith !) mais les personnes qui achèteront ce disque l’écouteront cinq fois au grand maximum. La première chanson est une promesse folle, la meilleure entrée dans un album depuis des années et des années ; la dernière chanson n’est pas exempte de grandeur ; entre les deux ça fait beaucoup semblant, c’est même parfois complètement « piss-poor », comme disent les Anglo-Saxons (enfin, pas tous… Certains… Je pense à Luke Haines qui doit bien se marrer en écoutant ce petit disque…)

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