
De l’inutilité attendue d’une chronique. Parce qu’on ne va pas se la raconter : au terme de ce texte, les contempteurs du groupe n’auront sans doute pas changé d’avis quand ses thuriféraires (plutôt nombreux de ce côté-ci de la Manche) camperont sur leurs positions quant aux meilleures compositions, presque toutes signées du tandem
Sharleen Spiteri et
Johnny McElhone, parfois rejoints par des invités de luxe et/ou inspirés ouvertement par des airs piqués à quelques classiques d’antan – nous y reviendrons. Mais quel que soit le camp que l’on a choisi, il reste une certitude :
Texas est un groupe de passeurs, peut-être l’un des meilleurs qui soit parmi ceux qui ont vu le jour vers le mitan des années 1980 et le début des années 1990. Oui, un groupe de passeurs, au même titre que
Saint Etienne,
Primal Scream ou
Moose – des formations avec lesquelles les Écossais partagent un bon nombre de marottes et même pour l’un d’entre eux, un manager.
Sous ses airs de vrai conte de fée, l’histoire est connue. Après avoir déjà côtoyé le succès au sein d’
Altered Images – post-pop acidulée portée par la voix cristalline de
Clare Grogan – et de
Hipsway – un quart d’heure de gloire hexagonal (déjà !) à l’aune d’un
premier album de
“funk blanc” (© presse française de la fin des années 1980) –, Johnny McElhone s’amourache de la voix sensuelle et puissante – comme celle de
Dusty Springfied – de la jeunette Sharleen Spiteri, alors apprentie coiffeuse à Glasgow. Le tandem, et un gamin guitariste nommé
Ally McErlaine, piquent leur nom au chef d’œuvre cinématographique de l’Allemand
Wim Wenders,
Paris, Texas (couronné à juste titre d’une Palme d’Or en 1984) et par la même occasion la guitare
slide chère à
Ry Cooder, compositeur de la bande originale dudit film… Le reste, comme on dit, appartient peu ou prou à l’histoire. Une histoire faite de hauts, de bas, de rebondissements, de vrais faux départs, d’une conversion au mouvement
Hare Krishna (le batteur originel
Stuart Kerr), d’amitiés de longue date, d’un AVC, de photographies prises sur le vif et en coulisses, d’un succès venu presque trop tôt, d’une apparition de
Thierry Henry au volant d’une voiture, d’une trilogie d’albums proche d’une certaine idée de la perfection pop – pusique vous insistez :
White On Blonde (1997),
The Hush (1999), et
Careful What You Wish For (2003) – dont l’absence de titres dans cette compilation non exhaustive agace il est vrai un tantinet.
Avant même d’être musiciens, auteurs et compositeurs, Sharleen Spiteri et Johnny McElhone sont des mélomanes, des passionnés qui n’ont de cesse de partager les passions en question. Alors, on trouve dans ce répertoire que résume forcément imparfaitement ce best of – troisième du genre dans la discographie du groupe – des emprunts à la soul, northern (l’un des deux inédits est la reprise du classique
Keep On Talking, comme hymne rétrofuturiste destiné aux pistes de danse de
Wigan) ou non (le couplet de l’éternellement euphorique
Black Eyed Boy “emprunté” au
The Tears Of A Clown de
Smokey Robinson & The Miracles ; la reprise de
So Tired Of Being Alone d’
Al Green, enregistrée en 1992), voire matiné de disco (
Mr Haze, single extrait du dernier album en date
Hi, qui doit beaucoup au
Love’s Unkind de
Donna Summer et
Giorgio Moroder). On trouve aussi de ces refrains qui collent aux tympans sur fond d’arrangements luxuriants, des pirouettes
pop (qui rappellent avec les formes que ce diminutif signifie avant tout
populaire) exécutées avec une aisance sidérante, à l’instar du carré d’as
Black Eyed Boy (encore lui),
Halo,
Summer Son et
When We Are Together.
Entre invités de luxe (le
Wu-Tang Clan sur la version réorchestrée au cordeau du très sensuel – sexuel ? –
Say What You Want, l’acteur
Alan Rickman le temps d’un duo à la
Nancy & Lee sur le trop méconnu
Start A Family ou le crooner taiseux de
The Blue Nile Paul Buchanan le temps de
Sleep) et ballades qui portent haut les couleurs pastel d’une élégante mélancolie (
In Demand avec ses boucles de guitare
toutenbois et surtout
Insane, qui se dévoile ad lib sur fond de cordes dramatiques comme la BO rêvée d’un
James Bond imaginaire), il y a le jubilatoire
Inner Smile, à la mélodie irrésistible interprétée par Sharleen en costume d’
Elvis 1968 et coécrit avec l’Américain
Gregg Alexander –
one hit wonder comme tête pensante des New Radicals – mais aussi quelques manques. Parce qu’avec ce genre de compilations, on regrette le plus souvent qu’elles se privent d’intégrer quelques morceaux d’albums qui pourraient faire baisser la garde aux plus sceptiques. Et dans le cas présent, on pense forcément à
The Hush, enregistré avec
Rae & Christian, magiciens (tr)hip-hop de Manchester et patrons du label mancunien
Grand Central, qui aurait pu / dû être
Unfinished Sympathy à la place de
Somewhere Not Here. Ou à
Telephone X, titre d’ouverture du déjà cité
Careful What You Wish For qui efface le nom d’
Elastica de toutes les encyclopédies en très précisément 3’43. Alors voilà, en vingt-quatre titres (et quelques oublis),
The Very Best Of dévoile un Texas dans (à peu près) tous ses états et qu’on le veuille ou non, rappelle le talent de Sharleen Spiteri et Johnny McElhone, dont le premier hit – éreintant dès le premier accord – fait bien trop de l’ombre à un répertoire d’une évidence mélodique, d’une pertinence artistique et d’un éclectisme assez fascinants.
The Very Best Of 1989 – 2023 par Texas est sorti chez PIAS.
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