Je pense que c’est une certitude : cet homme compte parmi mes artistes – compositeur et arrangeur en particulier – favoris. J’ai une tendance assez prononcée à la fidélité mais elle n’est pas aveugle non plus – ni sourde d’ailleurs. J’ai découvert Ibon Errazkin – ou plutôt le groupe dont il était la co-tête pensante avec la bassiste et parolière Teresa Iturrioz, Le Mans – au début des années 1990, une époque nous étions tous les eux à l’orée d’une vie plus ou moins professionnelles – sans avoir la moindre idée de ce qui allait se passer. Enfin, lui avait quand même un peu plus de certituds que moi. Le Mans était déjà son deuxième groupe, après le projet Aventuras de Kirlian, quatuor masculin féminin à la carrière météorique et dont la musique faisait facilement passer The Pastels pour un croisement entre Def Leppard et Popol Vuh.
Le Mans était un peu taillé sur mesure pour mes gouts : une pop délicate où l’on croisait des silhouettes familières, aux influences tout autant britaniquues qu’espagnoles, chantée d’ailleurs dans la langue de Cervantés – un idiome qui m’a toujours paru parfait pour chanter la mélancolie, l’élégance et la nonchalance. Pour ne rien gâter – ou plutôt comme une cerise sur le gâteau –, ce club des cinq était originaire de Donosti – une ville que j’arpentais chaque été depuis mon plus jeune âge et dont on ne peut que tomber amoureux : sa baie, ses plages, ses peignes du vent, ses pinxos, son taxcoli, sa plaza de la Constutucíon sont beaucoup trop d’atouts pour que l’on se risque à ne pas tomber en pâmoison. Le Mans s’est séparé à la toute fin des années 1990, après avoir imaginé une discographie presque parfaite – le presque est superflu finalement. Ibon n’a pas raccroché sa guitare ni remisé ses idées au placard. Il a enregistré des disques en solitaire et avec sa complice Teresa inventé au ébut du XXIe siècle le duo Single pour mieux écrire des chansons aventureuses, reflets de ses / leurs gouts multiples et son / leur érudition sans faille.
Traducteur pas qu’à ses heures perdues – c’est lui le responsable de l’édition espganole de Superesterella de la Calle : Un Año Con Lawrence (Contra) –, Ibon a réalisé l’automne dernier son quatrième album solo (cinquième si l’on compte la BO du film Gente Pez), Claros Del Bosque, œuvre entièrement instrumentale d’une douceur et d’un spleen idéal en tout point bouleversants, une invitation à la rêverie qui pourrait donner une idée assez précise d’une œuvre d’Érik Satie si ce dernier avait joué de la guitare plutôt que du piano. Aujourd’hui, en format exclusivement digital, parait Nubes Y Claros, une version augmentée de l’album précité, décliné en une pièce instrumentale d’une heure. C’est sans doute le disque le plus hors du temps que vous écouterez ces jours / mois / années-ci. C’est un disque d’une beauté noble, d’une classe différente. C’est un disque précieux car c’est exactement le genre de disques qui (ré)apprend à prendre le temps de prendre son temps… C’est aussi le disque d’un musicien curieux aux gouts éclectiques et à la curiosité jamais rassasiée. La sélection qui suit en est une preuve irréfutable.
01. Frank Sinatra, Dream Away
Je me souviens très bien d’une interview de Julian Cope datant de la fin des années 1980 dans laquelle il déclarait que Frank Sinatra était bien supérieur à Scott Walker, et que pour lui, écouter cette cette chanson en tournée relevait des choses essentielles. L’année dernière, j’ai enfin acheté Ol’ Blue Eyes Is Back, l’album sur lequel elle se trouve et ça a été le disque que j’ai le plus écouté de l’été. Cope avait raison : cette chanson est incroyablement relaxante…
02. Annette Peacock, Questions
J’ai beaucoup écouté cette chanson ces dernières années. Je connaissais bien l’album I’m the One, qui pour beaucoup de connaisseurs est son meilleur disque, mais je suis vraiment devenu accro à sa musique avec des albums plus tardifs, comme Sky-Skating ou X-Dreams, d’où est extraite cette merveilleuse ballade. En 2017, elle est venue en Europe pour donner seulement deux concerts… Nous sommes allés la voir à Paris, à la Philarmonie. La première partie était assurée par les Japonaises de OOIOO : une affiche plutôt étrange, mais une soirée inoubliable.
03. John Lee Hooker, My First Wife Left Me
Je n’ai jamais aimé le blues, j’ai pourtanbt essayé mais en génral, cela m’ennuie terriblement… Le seul musicien du genre qui a réussi a suscité mon intérêt est John Lee Hooker. En général, les guitaristes de blues me paraissent très prévisibles, mais avec lui, c’est tout le contraire. Il joue des choses complètement inattendues et ce qu’il fait sonne pour moi comme de la musique expérientale. Et des chansons comme celle-ci ont un côté très théâtral, ce sont presque des petites performances.
04. John Barry, Theme from Romance for Guitar and Orchestra
Barry est mon compositeur favori de bandes originales de film, même si ma musique rappelle plus aux gens celles de Nino Rota ou de Morricone. Ce que je préfère chez lui, ce ne sont pas les arrangements ou l’atmosphère qui se dégage mais ses compositions, certains changements d’accords qui, je crois, m’ont influencé énormément dès le début des années 1990, quand j’ai commencé à écouter les BO de James Bond. J’ai découvert ce morceau récemment – il est extrait de la BO de Deadfall et c’est peu de dire qu’il me fascine.
05. Rosa Yemen, Larousse Baron Bic
Il y a quelques années, je suis tombé sur MixCloud sur une sélection de chansons réalisée par Broadcast pour une émission de radio, et ce morceau en faisait partie. Il n’a sans doute pas grand chose à voir avec le reste de ma sélection, il est très hystérique et je ne sais pourquoi, il me rend complètement dingue ! Il me semble que dans Rosa Yemen, il y avait Lizzy Mercier Descloux, dont je connais les morceaux solo proches de l’esprit disco… Quoi qu’il en soit, cette chanson est pour moi une véritable œuvre d’art.
06. The King’s Singers, Il Bianco e Dolce Cigno
Chaque lundi, je chante dans une chorale et par ce biais, j’ai découvert des musiques anciennes d’une rare beauté dont j’ignorais complètement l’existence. . Il Bianco e Dolce Cigno est un madrigal composé au XVIe siècle en el s. XVI (creo) par Jacques Arcadelt, et c’est par ce biais que je suis arrvé jusqu’aux King’s Singers, un groupe vocal anglais qui nterpète aussi bien de la musique de la Renaissance que des reprises – un peu camp – de Neil Young ou David Bowie. Ils ont sorti un paquet de disques et dans toux ceux que j’ai écoutés, il y a des curiosités… Mais cette chanson – que l’on trouve dans le coffret Madrigal History Tour – est ma préférée.
07. Antonio Carlos Jobim, Tereza My Love
Si je pouvais choisir de composer exactement comme un autre musicien, alors, j’aimerais être Tom Jobim. Beaucoup d egens me disent que ma musique est apaisante et ça me flatte, mais j’ai pourtant une perception différente. Dans le fond, je crois qu’il y a beaucoup de tension dans mes chansons… Pour moi, la définition même d’une musique tranquille et apaisante, c’est ce que fait Jobim sur Stone Flower ou Urubu, deux disques que que je garde toujours à portée de main !
08. The Harmonizing Four, Glory to His Name
Il y a deux, je suis venu en vacances à Paris avec mes parents et chez un dispquaire stué non loin du Panthéon, La Dame Blanche, j’ai acheté ce disque de gospel un peu au hasard, plus pour sa pochette que pour une autre raison – et aussi parce qu’il coutait seulement 5 €. À ma grande surprise, il s’est révélé être le disque que j’ai le plus écouté cette année-là… Je n’y connais pas gra,d chose en gospel, j’avais une poignée de disques des Staple Singers et c’est à peu près tout, mais les Harmonizing Four ont été une véritable révélation, et j’ai vraiment envie d’en savoir plus au sujet de ce genre de musique.
09. Sly and the Family Stone, Can’t Strain My Brain
L’autre jour, j’ai regardé le documentaire Sly Lives, réalisé par Questlove de The Roots, qui a également signé Summer and Soul, sorti il y a quelques années. Sly and the Family Stone est l’un de mes groupes favoris et si bien évidemment, j’adore ses morceaux les plus entrainantes, je suis tout autant fasciné ce côté plus obscur et désespéré que Sly a commencé à explorer dans les années 1970. Cette chanson figure sur Small Talk, qui n’est sans doute pas l’un de ses meilleurs albums mais qui m’a toujours apparu comme très touchant, avec ces arrangements de cuivres et de cordes et ces mots-là : “I know how it feels to worry all the time…”
10. John Cage, In a Landscape
J’adore les instrumentaux au piano de la première période de John Cage, avant qu’il ne commence à réaliser des travaux pklus conceptuels – mais j’aime aussi beaucoup cettefacette-là. J’ai opté pour ce morceau, mais j’aurais tout aussi bien pu choisir Dream. C’est une musique qui m’apporte la paix…
Il faut que j’écoute ses albums solos, je suis toujours très très admiratif de ce qu’il a fait avec Le Mans, un des tous meilleurs groupes dans le genre. Et mon groupe préféré du sud de l’Europe, évidemment.
Chouette sélection !