On n’y est pas encore tout à fait, et cette année la rentrée à un goût de risque encore plus difficile à accepter que d’habitude. Ces renversements en perspective, sans cesse rabâchés par les médias qui finissent par décrypter non plus ce qui est arrivé mais ce qui va arriver sont autant de bonnes raisons de se réfugier encore un peu dans l’une de nos valeurs les plus sures : la pop moderne. On n’a pas été là tous les jours cet été mais alors qu’on rentre tous progressivement, voici notre pêche estivale. Savourez-là tant qu’il est encore temps. Gargarisez-vous jusqu’à plus soif, dansez jusqu’à l’aube, on ne sait plus du tout de quoi demain va être fait.
Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify.
NDLR : les playlists créées sur certaines plateformes ne comportent pas l’intégralité des titres de la sélection commentée ci-dessous.
1. No Joy, Bits (Sonic Cathedral)
Le cinquième album de No Joy, projet de la Montréalaise Jasamine White-Gluz donne toujours dans un shoegaze bien puissant mais les synthétiseurs s’y font plus présents et expérimentaux que jamais – pour le meilleur. CG
2. Wombo, Danger in Fives (Fire Talk)
On n’imagine pas un groupe si cool et avant-gardiste venir de Louisville, Kentucky et pourtant… Trois ans après l’excellent Fairy Rust, le trio revient avec Danger in Fives, dans lequel on retrouve cette voix aérienne, ces rythmes saccadés et ces guitares au son post-punk impeccable. CG
3. Bar Italia, Fundraiser (Matador)
Après un second album en demi-teinte, Bar Italia semble revenir en pleine forme sans pour autant tout révolutionner. Mais comme souvent, on succombe. Fundraiser en témoigne, le groupe va à l’essentiel, mais avec plus de cohésion. Les mois passés à tourner à travers le monde ont dû aider. DJ
4. Jessica93, Bébé Requin (Born Bad Records)
Jessica93 est de retour sur Born Bad Records ❤ 666 Tours de Périph sort le 10 octobre. Les drogues dures et les petits chiens on peut se tâter, mais les résurrections de génie on prend en bloc. EG
5. Cardiacs, Woodeneye (Alphabet)
Longtemps pensé abandonné, inachevé puis enterré en même temps que son géniteur Tim Smith (parti en 2020), l’ultime offrande des anglais hallucinés de Cardiacs, intitulée LSD, verra finalement le jour en septembre, vingt-six ans après leur dernier album. Achevé par le reste du groupe avec un grand nombre d’invités, ce point d’orgue a dévoilé un premier single parfaitement familier, avec ce punk arty, théâtral et excentrique qui joue à 100 à l’heure. EV
6. Shame, Quiet Life (Dead Oceans)
Hot take : Quiet Life est le meilleur morceau que Shame n’ait jamais fait. Sur Food for Worms, le précédent album, j’avais déjà eu un faible pour Orchid et son intro à la guitare acoustique… Cela se joue dans ces quelques accords grattouillés, ce couplet hyper western, mais surtout dans ce refrain iconique (permettez-moi l’expression) et ces paroles que j’ai si hâte de crier à la Cigale le 28 septembre : « The world I always knew / Was busy streets and crowded rooms / I never thought I’d want a quiet life / Until I met you. » CG
7. The Charlatans, We are Love (BMG)
Toujours en quête de nouvelles collaborations, les Charlatans ont travaillé avec Dev Hynes (Blood Orange) et Stephen Street sur leur futur album. La collaboration avec ce dernier est plus que flagrante sur le très « Smithien » single We are Love. DJ
8. Radio Free Alice, Chinese Restaurant (Double Drummer Records)
Empty Words est le troisième maxi des jeunes Australiens de Radio Free Alice, qui font à nouveau la démonstration de leur amour pour la trinité New Order / The Housemartins / The Jam, mais avec davantage de subtilité que sur leurs titres précédents. A suivre. PR
9. Black Lips, Kassandra (Fire Records)
Une petite quinzaine avant la sortie du nouvel album Season of the Peach, les américains dévoilent Kassandra, où le groupe retrouve ses agapes d’antan avec certes, un petit coup de frais au passage. Enfin frais, c’est vite dit, ça reste les Black Lips quand même. TS
10. Midnight Rodeo, Clean Shirt (Fatcat Records)
Midnight Rodeo, groupe de Nottingham mené par Maddy Chamberlain, pourrait se contenter d’accumuler les clichés de jeunes anglais fasciné par le son West Coast et les visuels psychédéliques, mais la sincérité qui se cache derrière l’entreprise et le talent mélodique du quintette méritent une écoute approfondie de Chaos Era, premier album réussi. En concert le mercredi 8 octobre à Angers (le Jokers Pub), le jeudi 9 octobre à Nantes (MOSTÄ) et le vendredi 10 octobre à Paris (Le Supersonic). PR
11. Tchotchke, Playin’ Dumb (Tchotchke Records)
Les groupes de femmes inspirés des girl groups sont souvent réduits à leur producteur et ou leur image, même lorsque celles-ci composent, écrivent leurs arrangements et réalisent leurs vidéos, comme Gwenno à l’époque des Pipettes. Malheureusement, Tchotchke n’échappera pas à la règle, puisqu’on les réduit encore au fait qu’elles soient à nouveau produites par les hyperactifs Lemon Twigs. Les reproches adressés à ces derniers de n’être que de pâles copies de leurs maîtres – qui les ont pourtant adoubés, de Brian Wilson à Todd Rundgren en passant par Colin Blunstone – peuvent être répétés à leur encontre. On entend évidemment I Can Hear Music derrière ce Playin’ Dumb, aussi charmant que sa vidéo, mais cela ne dépare en rien la réussite de ce troisième extrait de l’album du même nom, à paraître le 5 septembre. PR
12. KCIDY, Théorie (Vietnam)
KCIDY, avec ou sans Satellite Jockey, continue d’explorer cette pop vintage fantasmée (car elle a finalement peu existé telle quelle, peut-être chez le Polnareff des débuts), à la croisée d’une variété tendre un peu yéyé et d’un rock légèrement prog et destructuré. En tous les cas, une sacrée faille temporelle qui continue de s’ouvrir avec un album à suivre à l’automne. RS
13. Charlène Darling, Pops (autoproduction)
Un disque ou une cassette qui ne sort pas, c’est triste, mais quand il se retrouve sur le cloud, c’est pour notre plus grand bonheur. Charlène chante Angel, c’est super bien. Profitons en pour soutenir le fanzine Fracasse – sur l’alcool, ça parlera à pas mal de monde – de la chanteuse et ses amis, pleins de ressources, toujours en vadrouille entre Paris, Bruxelles et Marseille. RS
14. Romy Mars, Ego (Practice Records)
Quatrième chanson dévoilée par l’espiègle (cf ses stories Instagram) Romy Mars, doublement fille de… Alors oui, on pourrait croire que tout cela est bien futile, mais la jeune femme et ses collaborateurs en connaissent déjà un rayon dans le domaine de la chanson pop qui colle aux tympans et provoque une douce euphorie, de celle qui balaye d’un joli revers de main tous les soucis. Alors bien sûr, on écoute ça en boucle un sourire béat aux lèvres tout en devinant que cette Romy-là est déjà prête à… croquer la vie à pleines dents. CB
15. Gruff Rhys, Taro #1 + #2 (Rock Action Records)
Gruff Rhys enchaîne les albums (il en est déjà à son neuvième en solo) et il ne montre aucun signe de fatigue. Taro #1+#2 est le troisième extrait de son futur album, Dim Probs, qui semble s’annoncer pop, acoustique et mélancolique. Encore une merveille de la part de l’un des meilleurs songwriters de sa génération. DJ
16. Way Dynamic, I Was the Dancer (Spoilsport Records)
Une folk vintage, mélodieuse et lumineuse venue de Melbourne pour réchauffer cette fin d’été maussade. Remarqué lors de ses récentes tournées avec Waxahatchee et MJ Lenderman, 2025 sera sans doute l’année de Dylan Young – on l’espère. CG
17. Sharp Pins, (I Wanna) Be Your Girl (K Records)
Encore une merveille de Kai Slater ! Powerpop, jangle-pop, quelque part entre les Cleaners from Venus, les Byrds ou Guided By Voices. Des mélodies à se damner. AGF
18. Perfect Binding, Tincture (Joy Of Life International)
Entre guitare, violoncelle, voix et fragments de musique enregistrée sur bande, l’anglais Sam Bedford accouche d’un petit tube pop irrésistible, Tincture, qui nous donne fichtrement envie d’écouter l’album qui arrive. TS
19. Alex G, Real Thing (RCA Records)
On se disait récemment entre amis que l’album d’Alex G était passé étonnamment inaperçu, comme si tout le monde avait été déçu et le sujet très vite mis sous le tapis. June Guitar, Afterlife et Oranges, les singles parus au cours des trois derniers mois, étaient peut-être les meilleurs titres de l’album, et c’est bien le problème à l’heure où chaque album est précédé de 3 ou 4 singles : ce qu’il reste est rarement aussi enthousiasmant. Il y a quand même ce lumineux, extrêmement Elliott Smith-ien Real Thing, parmi d’autres titres que le temps nous fera sans doute apprécier (il a déjà fait son travail par ici). CG
20. Modern Nature, Source (Bella Union)
Dernier avatar de Jack Cooper (Ultimate Painting, Mazes), Modern Nature vient tout juste de sortir un nouvel album, The Heat Warps. Cosmique, environnementaliste, on y retrouve le son familier de la facture Cooperienne mais comme plus ancrée, comme si avoir les pieds dans le poids du réel n’empêchait ni l’action ni la méditation. Source déploie ses eaux avec élégance et tout le reste du disque aussi ! PN
21. Chris Staples, A Cold New York Morning (Hot Tub Recordings)
Comme ambassadeur du superbe nouvel album de Chris Staples, j’aurais pu choisir Open Mind, morceau de peu de mots mais de beaucoup d’émotions… Mais je m’en suis tenu à A Cold New York Morning, premier souffle au cœur provoqué par l’écoute de ce disque de fin d’été et chanson complètement folle, qui semble raconter un spleen qu’on suppose idéal et donne surtout une idée assez précise de la beauté que pourrait atteindre un titre de The Cure de l’époque Faith s’il était un jour interprété par Garciaphone, ce groupe que tout le monde nous envie (et si ce n’est pas le cas, tout le monde se trompe). CB
22. Joanna Robertson, Gown (AD 93)
Après une collaboration avec Dean Blunt l’an passé, la singulière compositrice anglaise Joanne Robertson fait son retour en solo avec Blurrr, un album qu’on peut déjà imaginer rêveur et intime. La preuve avec ce premier extrait, Gown, en collaboration avec le violoncelliste Oliver Coates, où de lointains arpèges de guitares fusionnent avec des violoncelles pénétrants. EV
23. Goon, Begin Here (Born Loser Records)
J’ai découvert ce groupe de Los Angeles et son chanteur à la voix androgyne cet été, avec Dream 3. Un titre d’album parfaitement choisi pour une plongée dans une dream pop teintée de shoegaze (on pense parfois à Ride ou Slowdive), atmosphérique et envoûtante. CG
24. Ciccio & 2mo, Spring (Hublotone Records)
Un nouveau single pour Ciccio (Francesco Pastacaldi) et 2mo (Olivier Demeaux – Heimat, Accident du Travail, Cheveu), hypnotique et acidulé. Addictif. CM
25. Mark William Lewis, Skeletons Coupling (A24)
Il semblerait que le Londonien Mark William Lewis gravite dans l’orbite de Dean Blunt, et on veut bien le croire à l’écoute des quatre titres publiés cet été chez A24 (oui, on parle bien du studio de cinéma qui a lancé ce printemps son label musical – cela s’annonce prometteur). Sur Skeletons Coupling, la guitare évoque The Durutti Column, ce qui est moins le cas sur les autres titres, ou MWL privilégie l’acoustique, toujours dans la lenteur et la mélancolie. A suivre de très près. CG
26. Blood Orange, Mind Loaded (RCA)
Mélancolie quand tu nous tiens. Pour son retour après six ans d’absence, l’Essex boy Dev Hynes nous propose un album autour du deuil. Mind Loaded, premier extrait convainquant et au casting impressionnant (Caroline Polachek, Lorde, Mustafa), semble dessiner un album aux ambiances éthérées et expérimentales. DJ
27. Studio Electrophonique, How Can I Love Anyone Else? (Valley Of Eyes)
Le premier album de Studio Electrophonique (le projet solo de James Leesley) sort enfin, six ans après son premier EP chez Violette Records. Vu de France, il serait facile de se laisser séduire et de se focaliser sur l’imaginaire 100% anglo-saxon véhiculé par sa musique et son image, mais ce serait passer à côté de l’énorme talent de compositeur de Leesley, qui est capable de vous tirer des émotions avec trois bouts de ficelle. DJ
28. Terrain Vague, Drops (Lisbon Lux Records)
Attention, petite beauté fragile qui suspend le temps. Le duo franco-australien basé à Toulouse composé de Valentin Gout Kinzbrunner et Marion Josserand séduit presque à la première mesure. Ethéré sans être fade, doux sans être trop sucré, et surtout lumineux comme une pleine lune qui éclairerait un champ de blé la nuit. TS
29. Teenage Bed, Sideways (Pale Figure Records)
Nathan [Leproust] continue de délivrer un spleen élégant dans ce nouvel album, Lonely Parade – neuf chansons à écouter au coin du feu dans un plaid avec un thé (mais ça doit marcher aussi avec un whisky). CM
30. brique jaune, bryophyte (autoproduction)
Un mystérieux duo taillé dans la pierre de Jaumont en juillet dernier présentait d’où mystère, un humble EP mêlant new trad, noise furtive et nappes d’inquiétude. brique jaune joue du bouzouki, de l’orgue, des guitares et du synthé, et sonne comme la B.O. d’un train fantôme ballotant son auditeur de châteaux en forêts, enveloppé par l’intimité d’un son DIY caractéristique. VH
31. Nuits Blanches, Comme un rapace (autoproduction)
On avait eu un énorme crush sur le premier album des Oi Boys – postulant au disque de la décennie, mais ouais, on est content d’en retrouver au moins un dans Nuits Blanches, repéré cet été par The Guardian, qui s’est fendu d’un article passionnant sur la nouvelle scène punk oi française, excusez du peu. RS
32. Michel Cloup, La honte (Ici d’ailleurs)
Michel Cloup annonce en plein été son nouvel album par ce single combatif, parfait slogan pour pancarte, et bande-son d’une rentrée sociale sous haute tension. RS
33. Machine Girl, Come On Baby, Scrape My Data (Future Classic)
Nouvelle pièce jointe corrompue de Machine Girl dans votre boite mail : Come On Baby, Scrap My Data, avec son titre en forme d’avertissement, single de punk digital gueulard qu’on aurait écartelé sur un beat house hyperactif entêtant aux basses bien mastoc. Sur ce bazar, des voix trafiquées gueulent : « Wanna know me, wanna own me? / Wanna clone me? Fuck you, you can blow me ». Désolé, Machine Girl n’accepte PAS les cookies. EV
34. The Voidz, Russian Coney Island (Cult Records)
Il y a trop de vocoder, le solo de guitare est d’un mauvais goût inouï, le titre et les paroles sont clichés, et l’ensemble sonne d’une qualité aussi médiocre qu’un jouet en plastique gagné au stand de tir d’une fête foraine. Et pourtant ce Russian Coney Island, vieux titre de The Voidz enregistré pour les besoin de MęĞż øF rÅm, maxi surprise sorti cet été, ne manquera pas de réconforter les amateurs de Julian Casablancas à la manière d’un chi chi gras ou d’une balle antistress lumineuse, par sa mélodie aussi entraînante que d’une insondable mélancolie. Clivant. PR
35. Ata Kak, Yasi Town (Awesome Tapes From Africa)
Retour aux affaires pour Ata Kak. Découvert au mi-temps des années 2000 quand un blog a publié en ligne sa cassette de hip-hop électronique délirante sortie au Ghana dans l’anonymat en 1994, le rappeur alors cinquantenaire avait ensuite écumé les scènes du monde entier pour savourer cette reconnaissance tardive. Trente ans plus tard, il signe enfin son come back artistique avec un nouvel EP à paraitre début septembre. Et le premier single Yasi Town sert d’excellente introduction, montrant que son hiplife euphorique n’a rien perdu de son énergie – juste un peu plus d’autotune dans le mix. EV