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Ultracrush : Nouvelle vague

Ultracrush
Ultracrush, visuel du single « Swimming »

C’est l’histoire d’un coup de foudre. Ou plutôt de coups de foudre. Parce qu’il y en a déjà eu. Plusieurs. Depuis maintenant quatre décennies – environ, ne chipotons pas. Des émois démesurés, qui sans doute n’arrivent pas qu’à moi… Poser un disque vinyle sur la platine, glisser un CD dans le lecteur, lancer un fichier MP3 (qu’importe le flacon, vraiment…), et en l’espace de quelques secondes, savoir que la chanson ne pourra pas nous décevoir. Savoir qu’on va la réécouter en boucle – pour certaines, d’une manière presque (pourquoi presque ?) obsessionnelle… Savoir que parfois, on lui sera infidèle – quelques heures, quelques jours, quelques mois, quelques années. Et que les retrouvailles seront aussi intenses que la première fois – frissons et chair de poule comme effets visibles par d’éventuels témoins. Il y en a plusieurs des comme ça… Je pourrais dresser une liste – ou mieux, en faire une playlist (note pour plus tard, donc) –, mais elle serait (trop) longue.

Swimming by Ultracrush

Je me souviens que c’était un samedi matin du début du mois d’octobre. Comme souvent ces dernières années, l’été ne voulait pas se terminer. Le soleil éclaboussait la pièce et de l’ordinateur, s’échappait la nouvelle chanson d’un groupe de Leeds découvert récemment – Blue de Far Caspian, pour ceux qui se poseraient la bonne question. Et puis, aux quelques secondes de silence qu’accordent les algorythmes, succèdent des accords de guitare qui font relever la tête. La ligne est si claire qu’immédiatement, le cœur s’emballe et des noms défilent à vitesse grand V, risquant de peu de se télescoper… Le premier qui m’est venu à l’esprit,  c’est The Wild Swans, ce groupe de Liverpool resté culte – et auteur entre autres de la plus belle chanson de Morrissey que Morrissey n’a pas écrite – normal, d’ailleurs, car je crois bien que Morrissey n’aurait jamais été capable de signer une telle chanson.

Ultracrush / Photos : Ultracrush Instagram

Ce nom-là, les cinq jeunes Australiens d’Ultracrush n’en ont sans doute jamais entendu parler. Originaires de Sidney (mais ils ne connaissent peut-être même pas The Church), vingt-trois ans de moyenne d’âge au compteur, dotés une allure à faire passer The House Of Love pour le David Bowie époque Ziggy Stardust, ils revendiquent plutôt, comme l’avaient déjà deviné des amis (un peu) plus jeunes que moi, une filiation avec les nordiques de The Radio Dept. Ils avouent aussi qu’ils ont pensé un instant reprendre Katy Song de Red House Painters. Alors, malgré les différences d’âge et de continent, on voit tout de suite où ces jeunes gens veulent en venir : ériger la mélancolie en raison de vivre, aidés dans leur mission par une mélodie plurielle qui flirte avec la nostalgie – c’est étonnant d’ailleurs, pense-t-on tout haut : comment peut-on être nostalgique alors qu’à vingt ans, on a tout l’avenir devant soi et que dans mes souvenirs, c’est plutôt grisant ? Mais la vie (amoureuse, la vie) a déjà laissé quelques coups de griffes… “Daydreaming of your hometown / I fall in the late night breeze”, murmure le chanteur sur un couplet qui aurait pu être un refrain. “Nostalgia wins, wondering how you’ve been / Don’t worry dear, I’m just going for a swim…”, poursuit-il un peu plus tard sur un refrain qui aurait pu être un couplet.

Biarritz, la Grande Plage / Photo : Christophe Basterra

Alors, ce sont des images qui défilent – une plage forcément (Bondi Beach ou la Côte des Basques), un océan également (Pacifique ou Atlantique). Des images qui défilent à toute vitesse, des souvenirs suggérés, des émotions passées effleurées par des jeunes gens qui n’ont aucune idée de ce qu’on a vécu. Et pourtant… Swimming est à ce jour la seule chanson enregistrée par Ultracrush – qui n’a peut-être pas choisi ce nom à la légère, finalement, se dit-on avec un sourire accroché aux lèvres. Le groupe, mixte – un détail qui a son importance si l’on s’en tient aux recommandations de son compatriote Robert Forster –, n’a pas encore de label. Juste une chanson, donc. Cette chanson. LA chanson. Car après tout, il n’y en aura peut-être pas d’autres. Car après tout, les suivantes ne parviendront peut-être jamais à renouer avec cette fragilité qui permet au temps de rester en suspens. Mais aujourd’hui, on s’en fout.  On se fout de (presque) tout. Comme à chaque fois que l’on est victime d’un coup de foudre.

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