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The Undertones, The Undertones (Sire Records)

Les chroniques anniversaire de l’été

The Undertones

Regarder les décennies qui séparent des albums cultes peut se révéler être un exercice troublant. Ainsi The Undertones publié en mai 1979 se situe à équidistance d’Abbey Road (1969) des Beatles et The Stone Roses (1989) des Stone Roses. L’œuvre est elle-même en quelque sorte tardive dans la chronologie punk : 1976-1977 constitue peut-être en effet l’apogée du genre, mais à la fin de la décennie, le post-punk et la new wave pointent le bout de leur nez, prêts à ringardiser à coup de synthétiseurs les guitares électriques des punks, pour bien peu de temps. Dans un contexte particulièrement concurrentiel, un groupe de Derry, la seconde ville d’Irlande du Nord après Belfast, va pourtant réaliser à travers son premier album sobrement intitulé The Undertones, un des grands classiques du punk et plus généralement de la pop à guitares. Le groupe irlandais, The Undertones, n’est ni méchant comme les Stranglers, ni subtil comme les Buzzcocks, ni sombre comme Joy Division, ni brut comme les Sex Pistols, et pourtant, il a sa place dans le panthéon du genre. The Undertones sont uniques. Profondément pop, ils ont un don pour être accrocheurs sans être racoleurs. Comme l’un de leurs modèles assumés, The Ramones, les Britanniques n’ont pas peur des mélodies, ils les embrassent. Ni questions existentielles, ni de théories fumeuses : de la pure pop.  Ils vont peut-être même plus loin que le groupe new-yorkais dans la célébration de l’innocence et la vérité des sentiments. Loin d’une quelconque posture, les frangins guitaristes John et Damian O’Neill, le bassiste Michael Bradley, le batteur Billy Doherty et le chanteur Feargal Sharkey sont désespérément normaux. Ils ressemblent à tous ces jeunes un peu zonards et perdus, mais pas forcément en rupture avancée avec la société. Leur hymne est d’ailleurs une éloge de l’adolescence dans toute sa normalité extraordinaire.

Teenage Kicks évoque la frustration juvénile et touche là même à l’universel. En quelques lignes, la chanson saisit les sentiments propres à cet âge-là : Are teenage dreams so hard to beat? / Everytime she walks down the street /Another girl in the neighbourhood / Wish she was mine, she looks so good.  Initialement édité en 45 tours sur le label local Good Vibrations en 1978, la chanson offre aux Undertones une très belle carte de visite. Connue pour être la chanson préférée de l’animateur John Peel (au point de la citer sur sa tombe), elle leur permet de signer avec le label américain Sire (Ramones, The Dead Boys, Richard Hell & The Voidoids, Talking Heads, The Flamin’ Groovies) qui fait alors son marché au Royaume-Uni en signant les Irlandais du Nord ainsi que The Pretenders. Précédé par le simple Jimmy Jimmy, le pressage initial de The Undertones ne fait pas apparaître les deux premiers singles du groupe, un choix étonnant et audacieux connaissant l’impact culturel de Teenage Kicks. Sire revoit cependant la copie en octobre de la même année (et modifie la pochette à l’occasion) en intégrant les singles et la nouvelle version géniale de Here Comes The Summer. Quelque soit le tracklisting de cet album, il constitue un classique indémodable par la puissance de ses mélodies et l’euphorie qui s’en dégage. Une rafale de tubes bravaches et sucrés se bousculent dans les oreilles et font le ménage dans le cerveau pour se faire une place. Le groupe, en plus de ses très bonnes chansons (souvent signées de John O’Neil, le guitariste rythmique), a une arme pour le moins hétérodoxe : son chanteur. Le timbre de voix de Feargal Sharkey contribue indéniablement au charme de The Undertones. Chevrotant, aigrelet et râpeux, pas très loin des intonations de mamie de Neil Young, le chant de l’Irlandais n’impressionne pas techniquement mais séduit par ses défauts et son originalité. Un peu comme le café ou le tonic, l’appréciation n’est pas immédiate mais aucun retour n’est ensuite possible. Feargal incarne ainsi totalement les compositions de ses camarades et les portent fièrement. Quant aux chansons, les singles (Teenage Kicks, Here Comes the Summer, Jimmy Jimmy, Get Over You) sont tous d’absolues petites bombinettes qui vous pètent à la tronche par leur efficacité et leur vérité. Le groupe ne montre toutefois aucune baisse de régime et enquille les perles pliées en moins de trois minutes, pied sur l’accélérateur. (She’s A) Runaround convoque les mélodies pastel des idoles teenagers du début des années soixante. The Undertones pique malicieusement aux Who le riff d’I can’t explain pour leur propre Jump Boys tandis que Male Model pourrait être un inédit des Ramones porté par ses chœurs très girls group et un solo de guitare simpliste à la Boredom des Buzzcocks. True Confessions (face B de Teenage Kicks) a un coté un peu bas du front délicieusement jouissif. Les Irlandais accélèrent le tempo sur Girls don’t Like It et Wrong Way mais pour mieux rester fidèles à leur pop minimaliste.

The Undertones
The Undertones

Il y a quelque chose de fascinant à réécouter The Undertones, le groupe happé par la facilité du groupe à pondre des chansons simples et évidentes, sonnant aussi justes. L’équilibre est bien plus périlleux qu’il n’y paraît : il est si facile d’être aguicheur et si difficile de savoir conserver sa sincérité et son authenticité. Le groupe semble en tout cas poussé d’une force irrésistible et nous entraîne avec eux pour le meilleur. Le reste de leur discographie est tout aussi impeccable et attachant, mais comme ce disque fondateur, elle est souvent malheureusement dans l’ombre de Teenage Kicks. Pourtant, peut-on réellement en vouloir aux gens d’aimer cette chanson absolument fantastique et parfaite dans sa manière de capter l’esprit de l’époque ?

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