N’en déplaise aux tours-opérateurs de Liverpool, le plus grand musée du monde consacré aux Beatles se visite à Alkmaar, aux Pays-Bas. Un signe parmi d’autres de l’affinité qui s’est nouée, au fil des décennies, entre la scène musicale hollandaise et le patrimoine des Fab Four. Et même si leurs œuvres peinent parfois à rayonner au-delà des frontières nationales, des groupes comme Johan, Daryll-Ann ou, plus récemment, The Maureens sont parvenus à entretenir avec ferveur et brio cet héritage revendiqué. Vétérans aguerris et rompus séparément aux prouesses du classicisme pop au sein de nombreuses formations, Bertolf Lentink et Diederik Nomden racontent qu’ils se sont rencontrés en 2003 à l’occasion d’un concert de Paul McCartney. Auraient-ils prétendu s’être croisés par hasard dans les coulisses d’un show de Metallica qu’on aurait eu davantage de peine à les croire en découvrant, vingt-trois ans plus tard, le premier produit tardif de leur collaboration amicale. Tout vient ici à point à qui sait attendre : comme son titre proverbial l’indique, All Good Things ne contient que des mélodies d’excellente facture mises en valeur par des harmonies vocales remarquablement inspirées et des arrangements haut-de-gamme. Comme si la face B d’Abbey Road (1969) ou Band On The Run (1973) avaient été réinterprétés par les Everly Brothers.
Façonnés avec un savoir-faire qui n’exclut ni la vitalité, ni les audaces, les douze chansons facilement et immédiatement aimables semblent s’inscrire dans un projet que synthétise parfaitement le titre de l’une d’entre elles, The Sixties Are Yet To Come. C’est bien ce rêve un peu fou que semblent caresser Lentink et Nomden : inverser le flux du temps pour mieux puiser dans leurs références communes un peu de l’éclat que la seule nostalgie ne parvient jamais à restaurer. Ce fantasme inaccessible comporte une part d’impossibilité tragique, on le sait d’expérience. Il n’en demeure pas moins que, pendant les trois minutes réglementaires que dure chacun de ces exercices de style, on se surprend à y croire tant l’illusion est parfaite.
Les guitares carillonnantes aux tonalités enjouées de Ain’t No Running Around ou Last Match alternent avec des moments d’accalmie nostalgique. On se souvient alors que, il y a dix ans environ, les deux compères avaient consacré, sous le nom de Her Majesty, un album entier et une série de concerts à des reprises de Crosby, Stills, Nash & Young dont on retrouve ici quelques traces aisément décelables : la ligne mélodique de Not At All, l’instrumentation country de Whole Again, le titre du long et beau morceau conclusif (Suite : Paper Dreams) ou encore Tell It To The Kids, magnifique ballade pour piano, cordes et cuivres digne de The Pearlfishers où résonne l’écho des leçons de vie de Teach Your Children. Et même si ce disque d’amateurs passionnés et érudits n’a pas vocation – ni la moindre prétention d’ailleurs – à bouleverser le cours de la grande histoire dans la continuité de laquelle il s’inscrit résolument, il contient suffisamment de belles réminiscences pour se réjouir de son existence.