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Jeremy Jay, Dangerous Boys (Switchblade / Domino Publishing)

Jeremy Jay, Dangerous BoysJe me rappelle la première fois où j’ai rencontré la musique de Jeremy Jay. J’avais pris l’habitude de guetter la programmation des concerts de The Smell à Los Angeles qui constituait le meilleur vivier de cette époque et où se croisaient la plupart des musiciens que j’aimais. C’était en 2006 ou 2007, et un nouveau nom était au menu. Aussitôt, je me suis rendu sur la page MySpace de Jeremy Jay, où le curieux était accueilli par Secret Sounds dans sa version primitive (la plus belle), celle avec sa guitare désaccordée et son énergie juvénile. Surprise de découvrir une chanson aussi immédiate et élégante à la fois : le coup de foudre. Puis vinrent  l’écoute du fameux single Airwalker, avec en face B la reprise d’Angels On The Balcony et les deux excellents premiers albums parus sous le protectorat de Calvin Johnson (A Place Where We Could Go en 2008 et Slow Dance, l’année suivante).

Jeremy Jay
Jeremy Jay

Jusqu’à la reprise de David Berman pour la compilation Approaching Perfection que nous avions initiée à la rentrée– Self Ignition est d’ailleurs présente sur ce nouvel album –, j’ai suivi l’affaire Jeremy Jay d’un peu loin. Depuis, je rattrape le temps idiotement perdu, notamment en me replongeant dans Splash (2010) et en découvrant le récent Demons (2018) passé injustement inaperçu. Mais c’est surtout le tout nouveau Dangerous Boys qui me fait chavirer. S’il s’agit encore d’un disque de crooner/loner sublime, c’est presque le seul aspect qu’il partage avec le reste de la discographie de Jeremy Jay.
C’est peut-être le changement de décor qui a entraîné cette évolution stylistique, puisque les douze chansons qui composent ce nouvel album ont été enregistrées dans le nouveau studio londonien du Californien exilé. Enveloppé d’une épaisse couche de brume (Footsteps In The Fog), Dangerous Boys s’écoule dans une lenteur mystérieuse, sans percussions, et ressemble à des compositions à moitié effacées dont ne subsisteraient que la trame et quelques ornements épars. La magnifique reprise de Brel, l’éternelle Seasons In The Sun, retrouve presque — après tant de versions habillées d’intentions différentes, mais toujours sans les éclats de voix — des allures moribondes. Dans cet isolement nocturne et cette fragilité permanente, on pense aussi beaucoup à l’art de Grouper (Say What You Mean To SayWhat I Found In The Garden, Time Has Shown A Door). Et cela, qui aurait pu l’imaginer du jeune premier de K Records ? Il est vrai qu’après plus de dix ans d’enregistrements, Jeremy Jay ne cesse de nous surprendre.

Dangerous Boys de Jeremy Jay sort le 22 décembre sur Switchblade Records.

 

 

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