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Teenage Fanclub, Thirteen / Howdy ! (Creation / Sony)

Vous l’aurez compris, Songs From Northern Britain (1997) fait une sorte d’unanimité au sein de la rédaction, et nous avons laissé le regard neuf et fougueux d’Alexandre Gimenez Fauvety prendre le soin de vous en parler. Cependant, on ne saurait passer sous silence ce qui fait aussi le piment et les contradictions de cette série Ô combien bienvenue de rééditions, celui de la réévaluation, de la remise à plat et de l’éventuelle redécouverte.Je vais donc vous reparler de deux disques un peu considérés à tort comme maudits dans la carrière du TFC : Thirteen (1993) et Howdy ! (2000), tous deux, il est vrai, parus dans des périodes de lose relative.

Mais avant, un point de chicanerie que je me permets de relever dans une perspective patrimoniale : il n’est fait aucune mention, JAMAIS, dans ces pourtant fort jolies reproductions d’époque, du label originel où sont parus ces disques de grand bonheur. Il n’est pourtant pas des moindres, puisqu’il s’agit de Creation Records, maison d’importance, phare de nos adolescences, mené par Dick Green et le toujours jeune Alan McGee, qui lance d’ailleurs ces jours-ci rien moins qu’un label de quarante cinq tours, nommé, je vous le donne en mille : Creation 23. Alors bon, loin de moi l’idée de faire un procès en révisionnisme crasse à une major qui se consacre encore à de si beaux objets, mais on peut se sentir un brin chafouin.

En revanche, le travail de remasterisation est impeccable, et l’on se surprend à entendre de manière distincte ce que l’on avait jusque là pressenti dans ces albums que nous connaissons pourtant par cœur, même les guitares parfois brouillonnes de Bandwagonesque (1991, l’âge de pierre) sonnent désormais comme une pluie d’étoiles, c’est dire.

Teenage Fanclub

Thirteen, et c’est rétrospectivement son seul défaut, va être enregistré alors que les écossais, fort du succès du précédent, reviennent complètement rincés de la tournée, longue et hédoniste, afférente. Il faudrait à ces (alors) jeunes gens quelques mois de repos avant de s’y remettre, mais c’est bien connu, dans les industries culturelles, aussi pointues soient elles, il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Pourtant, la fougue de la jeunesse s’y entend encore de vive voix, et le moral semble de prime abord au beau fixe. La triplette de love songs exacerbées et tubesques (Norman 3, The Cabbage, Commercial Alternative) de Norman Blake, qui file alors le parfait amour avec une jeune française*, est là pour le prouver. C’est pourtant l’indicible montée en puissance des deux autres songwriters du groupe qui donnent aujourd’hui à Thirteen une profondeur de champ impalpable à l’époque. Que ce soit Raymond Mc Ginley (Escher, 120 Minutes, Tears Are Cool) qui excelle déjà dans son magistère de l’intranquilité, ou Gerry Love (Song To The Cynic, l’épique Gene Clark, Fear Of Flying et le hit, Radio) qui creuse des morceaux un peu plus profonds, le véritable sel de l’album semble évident vingt-cinq ans plus tard. Son titre, comme un pied de nez sublime à ceux qui auront trop souvent comparé le TFC à Big Star et sa conception épuisante font de Thirteen un disque que le groupe semble renier. Bien mal considéré par la critique à sa sortie**, il a su nonobstant prendre avec l’âge la patine d’un lost classic. On y devine en tout cas ce que le TFC va devenir, les références sont là aussi explicites : des Byrds écossais. Et plus de richesse et de diversité en devenir que la contemplation malsaine de ce nid à malheur, aussi génial soit il, que fut Big Star. Ce que les deux albums suivants (Grand Prix et Songs From Northern Britain) vont prouver avec une force et une maitrise époustouflante. Autre lost classic en devenir et un peu passé à la trappe lors de sa sortie à l’aube du nouveau millénaire, Howdy ! est lui aussi enregistré dans l’adversité puisque Alan McGee vient de saborder Creation, et que le groupe se retrouve par défaut au sein de l’impersonnelle écurie Sony pour y achever son contrat. Il y renouvelle pourtant l’enchantement de Songs For… tout en affirmant une diversité instrumentale ahurissante, des cuivres de The Town And The City aux cordes de Straight And Narrow en passant par la magnifique désillusion de Dumb Dumb Dumb. De toute façon, vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas de mauvais disques du Teenage Fanclub, et il était grand temps de redécouvrir ces deux-là avec une oreille neuve aujourd’hui.

*Romance qui aurait inspiré au bilieux Luke Haines le morceau New French Girlfriend sur le deuxième album de The Auteurs, paru la même année, mais ce sont surement des racontars de seconde zone.

** Par la critique, mais pas par les fans, car je nous revois encore sauter de joie comme des petits foufous comme si c’était hier, avec Renaud Sachet qui l’avait gagné chez Lenoir, et l’avait donc reçu exceptionnellement une semaine avant sa sortie dans les bacs. Le genre de (total) frisson et d’exaltation dont la génération grandie avec l’immédiateté des internets n’aura jamais la moindre idée.

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