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Playlist Lee Hazlewood

Philippe Dumez raconte dans son délectable Je me souviens que les membres du groupe Hefner vendaient autrefois à la fin de leurs concerts des badges avec l’injonction « You should buy more Beach Boys albums », ce en quoi ils avaient mille fois raison. J’espère que je pourrai, avec la présente mixtape, persuader ceux qui ne seraient pas déjà acquis à sa cause de courir acheter des disques de Lee Hazlewood. En complément à l’article paru hier, voici, en deux possibilités d’écoute (playlist ci-dessus ou commentée ci-dessous), un petit parcours de mes chansons préférées du cow-boy à la voix d’or. David Kamp et Steven Daly n’ont qu’à bien se tenir !

En écoutant cette playlist, vous remarquerez que presque toutes les chansons que j’ai sélectionnées parlent d’amour. C’est le cas de quasiment toutes celles que Lee Hazlewood a composées, même si on trouve néanmoins aussi quelques titres un peu plus sombres sur des histoires de types ayant mal tourné, ainsi que des contes doux-amers de désillusions pleines d’ironie. Lee affirmait que ses chansons n’avaient rien d’autobiographique, qu’elles puisaient seulement dans l’imaginaire.
Dans Lee, Myself and I de Wyndham Wallace, l’un des rares livres à nous donner quelques clefs sur Lee Hazlewood, voici ce que de dernier nous révèle : « Mon père, Gabe Hazlewood, était un formidable conteur, comme mon grand-père, Ed Robinson. Ils avaient un vrai talent pour ça. Leurs histoires font partie de mes tous premiers souvenirs. À la fin de chacune, je leur demandais : « C’est une histoire vraie ? ». Mon père répondait toujours : « Quelle importance ! Les bonnes histoires sont faites pour être racontées. » Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire par là. Aujourd’hui, j’ai compris. » Qu’importe donc que ses chansons soient fondées ou non sur ses expériences. L’essentiel est qu’il soit parvenu à créer un univers rien qu’à lui et qu’il nous ait permis d’y trouver une source intarissable de plaisir. Storyteller au regard toujours distancié, sans esprit de sérieux, pas assez insensible pour être cynique, mais suffisamment pénétré de dérision pour ne jamais verser dans une quelconque sensiblerie, Lee Hazlewood a produit une œuvre sans équivalent. Quand un Bob Dylan racontera des histoires sous forme de textes-fleuves, Lee Hazlewood choisira toujours l’éloquence du laconisme, comme ces personnages taiseux dans les westerns, qui ne parlent que pour dire l’essentiel.

My Baby Cried All Night Long

Dans la première moitié de cette chanson, Lee parle du chagrin qu’il a causé à sa belle en lui étant infidèle. Mais dans la deuxième moitié, c’est lui qui se retrouve trahi. Amertume du retour de karma. La voix de Lee a ici la profondeur du Grand Canyon. On notera aussi la présence sur ce titre de Billy Strange, arrangeur de génie dont Hazlewood a su tirer le meilleur et qui a fait des merveilles sur d’autres chansons comme These Boots Are Made For Walkin’ ou Some Velvet Morning, interprétées par Nancy Sinatra.

Pour’ Man

La confession d’un mauvais garçon homicide, qui a tué son propre frère par amour pour sa belle sœur. Comme un personnage sorti d’un film de Sam Peckinpah, le narrateur n’a ni regret ni remord.

The Girls in Paris

Petite chanson légère à la gloire des femmes de Paris, avec un clin d’œil à « Alouette gentille alouette… (je te plumerai) ». Le sous-entendu aura certainement échappé aux auditeurs non francophones. Quelle canaille, ce Lee !

Shades

Un cœur brisé cache ses larmes derrière ses lunettes de soleil. On peut ici apprécier cette nonchalance typique des ballades de Lee Hazelwood.

Me and Charlie

Narration d’un règlement de compte sanglant façon Far West, mais avec une mélodie enfantine qui contraste ironiquement avec le texte assez noir.

By the Way

Une chanson bien laid-back au texte pourtant amer. Un type recroise son ex, lui disant en passant d’un ton désinvolte : « Comment ça va ?/ Au fait, je t’aime encore »…

In Our Time

Petite chronique ironique et délicieusement psychédélique des temps qui changent, franchement macho mais bon, c’était l’époque… On aura plaisir à reconnaître la citation du riff de Daytripper des Beatles, groupe qu’il avait pourtant descendu en flèche à l’époque… avant de changer d’avis après coup. Vocalement, Lee se plaît à prendre la chanson dans une tonalité relativement aiguë pour lui, pour mieux descendre par la suite dans les fréquences graves, à la limite des infrasons.

Must Have Been Something I Loved

Description des effets secondaires de l’amour, comparables à la gueule de bois. Mais comme toujours, Lee prend ça à la légère et s’en moque allègrement.

It’s Dark In My Heart

Comment faire une chanson de pop avec des paroles de blues, qui décrivent l’accumulation des emmerdes. Vive le tambourin et le tremolo sur la guitare !

She Comes Running

Un de mes titres préférés de Lee Hazlewood, et une des meilleures chansons que j’aie pu entendre. Mirifique ! Pas d’ironie dans cette chanson, simplement de l’amour pour celle qui accourt toujours pour le tirer du fond du trou les jours de spleen. J’ai dû regarder cent fois la vidéo où on voit Lee en studio avec les géants Hal Blaine et James Burton, qui me fait le même effet à chaque fois. Et ce clavecin, quelle pertinence !

Run Boy Run

Une histoire de mauvais garçon né du mauvais côté de la barrière dans l’esprit du Cocaine Blues de Johnny Cash. Hank Williams n’est pas loin non plus. La musique rappelle un train à vapeur en marche et nous plonge dans le Far West.

Cold Hard Times

La version studio, seule disponible sur les plateformes de streaming, n’égale malheureusement pas la version live de 1971 en ligne sur Youtube. Je conseille donc d’aller écouter cette dernière version. J’apprécie sur celle-ci le calme et le détachement presque sereins avec lesquels Lee chante, malgré des textes assez désabusés. J’aime ce côté « je suis revenu de tout, mais pourquoi s’en faire ? »

Morning Dew

Cette chanson n’a pas été écrite par Lee Hazlewood mais par Bonnie Dobson. Il existe aussi une version par le Grateful Dead, musicalement pas inintéressante, mais vocalement pas terrible selon moi. Celle de Lee Hazlewood est devenue un de ses classiques. J’aime particulièrement quand il chante  » You didn’t hear no young girl cryin baby” vers la première minute en redescendant dans les graves et puis l’arrivée d’Hal Blaine en mode “chevauchée fantastique”.

I’d Rather Be Your Enemy

“I’d rather be your enemy than hear you call me friend”. Rien que le titre en impose. Pas de percussions sur ce titre. Voix, basse et guitare folk à 12 cordes se suffisent à elles-mêmes.

Son of a Gun

Encore une histoire de cow-boy qui paye le prix d’avoir eu la gâchette trop facile. À l’origine cette chanson était interprétée par Sandford Clark. Elle est d’ailleurs excellente et, dois-je dire, encore mieux arrangée que celle de Lee (il me pardonnera).

These Boots

Tout le monde connaît évidemment la version chantée par Nancy Sinatra de ce tube ultime, aux accents d’hymne féministe. Pourtant, interprétée par Lee, elle sonne comme la chanson la plus machiste de la Terre. Mais bon, on ne va pas juger un Texan né dans en 1929 à l’aune des valeurs du monde contemporain. Je tenais à faire remarquer que cette chanson qui pourrait facilement figurer dans un top 10 des meilleures chansons pop de tous les temps, ne comporte en tout et pour tout que quatre accords ! Deux pour le couplet, deux pour le refrain. On trouve ici la même économie de moyens que dans les meilleurs titres de Lou Reed, qui à partir de deux ou trois accords basiques, parvenait à pondre une mélodie et des textes à la fois simples et hors du commun. Hazlewood pensait d’ailleurs que s’il avait mieux maîtrisé son instrument – la guitare – il aurait certainement négligé l’exigence de ses parties vocales et n’aurait pas écrit autant de hits. Belle leçon qui montre où sont les priorités quand on veut composer des chansons de pop.

I’ll Live Yesterdays

Une belle chanson désabusée d’amour enfui, mais très habitée. J’aime particulièrement le fait qu’il n’y ait pour tout instrument qu’une guitare folk et une superbe basse, Lee assurant les percussions… à la bouche !

Stoned Lost Child

Une chanson légère, mais qui évoque une fille en perdition. Bel exemple du goût de Lee pour l’ambiguité.

Some Velvet Morning

L’essentiel des succès commerciaux de Lee Hazlewood viennent des tubes écrits pour Nancy Sinatra. Je ne pouvais pas manquer d’ajouter à cette compilation ce merveilleux duo, aux arrangements signés Billy Strange franchement impressionnants par leur rare densité. On appréciera de nouveau le contraste très réussi entre le chant ténébreux de Lee et celui, naïf et enfantin, de Nancy. Quand arrive cette dernière, j’ai à chaque fois l’impression d’entendre Lee inventer Broadcast. Et puis cette alternance voix masculine/ voix féminine à la fin est d’une classe sans nom.

Long Black Train

Lee Hazlewood a été DJ radio dès les années 50. Il prétend avoir été l’un des premiers à avoir joué un 45 tours d’Elvis. On l’imagine parfaitement en train d’annoncer des disques avec sa voix caverneuse. Dans pas mal de ses chansons, il prend un rôle de narrateur, un peu comme le cow-boy dans The Big Lebowski, avant le début de l’histoire qu’il s’apprête à chanter. Ce titre a un côté Johnny Cash des débuts, mais avec ce flegme particulier qui fait tout le charme de Lee.

We all Make the Flowers Grow

De même que sur Me and Charlie, j’aime sur ce titre country/western le contraste entre la mélodie comparable à celle d’une comptine et les paroles noires, qui pourraient être tirées de l’Ecclésiaste évoquant la vanité de toutes choses. « Cowards and heroes / Listen my friends / If you have money / or nothing to spend / Sooner or later in a hundred years or so / Soone or later, we all make the little flowers grow”. On pense également ici aux paroles de la superbe Pass away de Chuck Berry. Bel exemple de ce pouvoir qu’a Lee Hazlewood de toujours parvenir à transcender le tragique de la vie par une sorte d’amusement distancié.

Cross country Bus

La dernière chanson de cette playlist est l’une des premières jamais enregistrées par Lee, aux alentours de 1955-1956. On pense ici à une berceuse telle que Buddy Holly et les Everly Brothers savaient en composer. Epure, simplicité, sobriété, retenue. Tout son art est déjà là.

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