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David Bermude

David Berman

Je viens d’une génération musicale qui s’est heurtée trop violemment au réel. La génération qui a gaspillé ses poètes, comme le disait Roman Jakobson. Jason Molina bouffé par l’alcool, Mark Linkous régurgité violemment par les stupéfiants, tout comme Elliott Smith – voilà des ruines ensorcelantes. Jeff Buckey noyé et perdu dans les eaux du Mississippi ? Ah ! Quel triste inventaire. Il demeure pourtant des vivants, des grands vivants, qui ont choisi, eux, de disparaître. David Berman s’est réfugié, sans compromission, dans le secret. Il est un modèle. Continuer « David Bermude »

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Lauren Auder

Lauren Auder / Illustration : Pauline Nunez

Le regard est vague, l’expression lunaire, l’apparence indéfinissable, qui semble hésiter au fil des jours entre street et néo-romantique. Urbain et gothique. Une allure hybride, un genre qui n’a plus d’importance. Des ongles rouges et des cheveux longs, pour un garçon, on appelait ça androgyne, mais ça, c’était avant. “Maintenant, tout est dit, tout est ouvert. Il y a la musique, il y a moi, et le reste c’est un peu superflu… Tu me vois tel que je suis, et ce que j’ai envie de dire, je le dirai à travers mon art.” Si quelques traces d’adolescence filtrent encore à 19 ans, la pose est certaine mais la maturité est là, sans doute arrivée à très grande vitesse par les voies profanes de l’internet. Débarqué de nulle part en ce début de printemps, Lauren Auder a lancé The Baptist à la face du monde, le genre de chanson dont on ne se remet pas tout à fait. Continuer « Lauren Auder »

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Rolling Blackouts Coastal Fever

Il aura fallu attendre cinq ans pour que le quintet australien Rolling Blackouts Coastal Fever (Melbourne, l’intarissable) publie son premier album. Hopes Down sera dans les bacs le 15 juin prochain et se place d’emblée, et ce malgré son intitulé, sous une étiquette recouvrant plein d’espoirs : celle de l’iconique label américain Sub PopUne bénédiction peu surprenante au regard des louangés EP’s Talk Tight (2016) et The French Press (2017), premiers essais aussi efficaces qu’évidents pour les amateurs de guitares accrocheuses et d’harmonies léchées. Continuer « Rolling Blackouts Coastal Fever »

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Peter Perrett

Peter Perrett / Photo Domino Records Co.

Miraculeusement rescapé de ses décennies d’abus dangereux, l’ex-leader de The Only Ones, groupe majeur et influent de la fin des années 1970, resurgit de la tombe qu’il avait lui-même creusée pour signer un somptueux testament musical, How The West Was Won, où étincelle à nouveau son écriture à la fois mordante et romantique. C’est sur la Grande Scène Paloma du This Is Not A Love Song Festival que l’on retrouvera cette légende du rock le vendredi 1er juin à 19h30. Continuer « Peter Perrett »

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John Maus

John Maus

Pendant les six années qui séparent l’interview et la chronique que nous proposons de (re)découvrir ci-dessous à l’occasion de ses concerts de la semaine à La Villette Sonique et au TINALS, John Maus n’a publié aucun disque. En ce qui nous concerne, entre We Must Become The Pitiless Censors Of Ourself (2011) et Screen Memories (2017), la terre s’est presque arrêtée de tourner. Dans l’espace cosmique où l’intéressé vit retranché quand il quitte notre planète, il a récemment prétendu que seulement 10 minutes s’étaient écoulées (1). Il est vrai que John Maus, son art et son engagement n’ont pas changé d’un iota.  Pour le reste, précisons que John Maus a eu le temps de se marier, de bricoler un synthétiseur modulaire, de mener à bien une session d’enregistrement dont sont sortis deux nouveaux chefs-d’œuvre (Screen Memories et le tout neuf Addendum) et de répéter ses chansons avec son frère et un véritable groupe pour des concerts toujours aussi spectaculaires, dont celui de ce samedi 02 juin, sur la scène Paloma du This Is Not A Love Song Festival. Continuer « John Maus »

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Ben Folds – J’entends plus la guitare

Ben Folds et son piano de camping

Même ses admirateurs les plus inconditionnels ont dû, au fil des ans, finir par s’incliner devant le poids écrasant des évidences. Cela fait bientôt dix-sept ans – Rockin’ The Suburbs, 2001 – que Ben Folds n’est pas fichu d’enregistrer un album intégralement réussi. Entre facilités d’écriture et fausses bonnes idées inabouties (les collaborations successives avec Nick Hornby ou Neil Gaiman, la reformation du trio des origines, la tentative à moitié convaincante de fusion néoclassique avec  yMusic en 2016), le pianiste surdoué est devenu une sorte de spécialiste du mi-cuit, un prince du verre à moitié vide. Alors que sa discographie semble de plus en plus s’enliser dans une forme de routine, quelles raisons reste-t-il de s’enthousiasmer à l’approche d’un de ses rares concerts parisiens ? Continuer « Ben Folds – J’entends plus la guitare »

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Classe A Phair

Liz Phair
Liz Phair

Il y a un paquet d’idées reçues qui courent à propos d’Exile in Guyville, la plus connue étant que le disque aurait été conçu comme une réponse féminine à Exile on Main Street. Ce qui est à la fois vrai et faux : la plupart des chansons du disque sont déjà écrites au moment où Liz Phair s’inquiète d’un high concept qui serait à même de les emballer de façon séduisante, et surtout elle n’a pas encore entendu la moindre note du classique des Stones. Elle rattrapera son retard en cours de route, et l’idée fera son chemin : où l’on voit que Liz Phair a toute l’audace des débutants, qui compensent leur défaut d’expérience par une insouciance conquérante, mélange de naïveté et de roublardise. Continuer « Classe A Phair »

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The Cars : Chérie, j’ai rétréci le gloss !

The Cars en 1980. Photo : DR

Dans While we’re young (2015), la satire de Noah Baumbach qui confronte la génération X vieillissante avec celle des hipsters, il y a cette scène où Adam Driver (le djeunz) fait écouter au casque Eye Of The Tiger à Ben Stiller (le quadra en crise). Ce dernier lui lance : « Je me souviens quand cette chanson est sortie, c’était considéré comme naze. Mais ça fonctionne ! ». Le personnage d’Adam Driver ne peut pas saisir le retournement par lequel le ringard d’hier a pu devenir cool, et pour cause : quand Rocky III est sorti, il n’était pas né. Pour lui la chanson de Survivor a toujours été « cool » : elle n’est rattachée à aucun affect personnel qui l’aurait fait passer par toutes les phases du jugement, de l’enthousiasme enfantin sans recul jusqu’à l’attendrissement rétrospectif de l’âge mûr, en passant par les oukases du snobisme adolescent qui auraient relégué Eye Of The Tiger dans les limbes de la nullité. Ces phases de jugement, Ben Stiller les a traversées : séparer le bon grain de l’ivraie, pour finalement, la maturité venue, revenir de toutes les postures, c’est toute notre histoire.

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Dropkick

Amateur éclairant

Depuis deux décennies, les Écossais de Dropkick n’ont eu de cesse de composer une œuvre aussi précieuse que confidentielle, dernièrement  enrichie d’un treizième épisode intitulé Longwave. L’occasion rêvée de s’entretenir avec Andrew Taylor, amoureux des mélodies majeures et des guitares tintinnabulantes, et leader presque malgré lui d’une formation trop modeste.

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S’engouffrer dans l’Elbrecht

Jorge Elbrecht
Illustration : Pauline Nuñez.

Entre le Costa Rica, la Floride, New-York, la Californie et le Colorado, depuis presque 15 ans, avec un éclectisme remarquable, Jorge Elbrecht transforme  tout ce qu’il touche en autant de pierres et métaux précieux. Guitariste pour Ariel Pink, producteur amoureux des volutes pour Tamaryn, Drab Majesty, No Joy ou Frankie Rose (la liste est longue), artiste visuel, et tout ensemble pour ses projets personnels (Lansing-Dreiden, Violens, Presentable Corpse…), il est encore aujourd’hui l’un des plus fascinants et énigmatiques musiciens du paysage pop. À l’occasion de la sortie du récent Here Lies, passionnant disque collectionnant plus de 10 années d’enregistrements inédits, il nous a semblé indispensable de dresser le portrait de ce héros romantique (même s’il réfute cet adjectif). Un romantique taiseux et un peu schizophrène…

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